Archives Mensuelles: novembre 2007

… Ils partent au matin, d’un jour définitivement gris, la pierre et la burette dans la poche, leurs ciseaux de vitrine sur le dos.

La journée se passera courbés, comme un long remerciement.

Certains approuvent le rythme imposé par l’hiver, rassurés. D’autres, au seuil de longues semaines répétitives, se font une raison. Le cep assagit.

La vigne, en répit, vient d’offrir, cette année encore, le pain au vigneron. Pain blanc ou pain noir, il le saura dans quelques semaines, dans quelques mois. Les joies et les souffrances du cultivateur sont souvent rétroactives. Il parsème ses discussions de ‘’bon an, mal an’’, histoire de conjurer le sort. Un enthousiasme affiché, un optimisme de jeune flore pourraient nuire. Un mauvais dieu écoute peut être.

[ ] Le vent glace. Les dos protecteurs narguent la Tramontane. Les mille figures en exécution réchauffent les corps vainqueurs des éléments. Le vin chaud et la satisfaction sincère entretiennent la victoire.

Les lames claquent, les sarments succombent ; ils ont fait leur travail. Ils retourneront à la terre, broyés, ou grilleront quelques roustes. La souche recoiffée peut à nouveau s’impatienter. L’impertinente s’abandonnera aux premiers rayons, aux premières chaleurs …

 

Auteur inconnu. Si quelqu’un sait …

 

 

 

 

Lu dans un manuel de viticulture pratique d’après guerre :

Le sulfitage

On peut procéder au sulfitage après le foulage ; toutefois nous conseillons, dans les régions chaudes, de sulfiter deux fois :

D’abord, sulfitage à la vigne ;

Ensuite sulfitage à la cave.

[ ] Ce premier sulfitage à 5 grammes par hecto est inutile si on vendange pendant des périodes froides, alors que les départs rapides de fermentation ne sont pas à craindre.

Le deuxième sulfitage se fera après le foulage, on mettra dans le moût 10 à 30 grammes d’anhydride sulfureux par hecto ; pour les vendanges saines, 10 grammes sont suffisants, mais pour les vendanges altérées il ne faut pas craindre de mettre 30 à 35 grammes ; en Afrique du Nord, nous avons employé des doses massives d’anhydride sulfureux liquéfiés, jusqu’à 90 grammes, de façon à paralyser complètement les levures indigènes et à travailler uniquement avec des levures sélectionnées.

La vigne et le vin, Editions de Montsouris, 1950

 

Les temps changent, les protocoles aussi. Ouf !

… Aujourd’hui, l’heure est venue. Tous les terroirs crient à la ronde. Mon village sent l’abeille.

On part à l’aube, fagotté comme un escargot. En sandales, la casquette de travers, au chant des crapauds, on file en chœur vers les vignes mûres. Au loin, on entend rouler les charrettes chargées de comportes, jurer les rouliers dans un bouquet de fouets. On mobilise pour la circonstance mille étranges véhicules sans gloire, des mulets sans dents, les plus branlantes bourriques. L’horizon est couleur de vin.

Tout le village s’affaire et bourdonne. De chaque rue débouchent des bandes de vendangeurs de tout âge et de tout poil, enfants de huit ou dix ans riants et bariolés comme le ciel leur père, vieillards émus et drus – tout bois fait flèche. Chaque maison se vide à blanc. Les jeunes femmes spontanées portent leurs bébés dans leurs bras. Les écoliers suivent, avec les chèvres et les chiens. C’est vers les terres une émigration chantante, une sorte de Chant du Départ. Dans l’ombre touchée d’ailes roses, tandis que tinte un Angélus barbouillé de canards, toute cette cohue fraîche et joyeuse qui se meut rigolante dans la campagne évoque au pied levé comme un cortège d’épousailles …

Joseph Delteil – La Belle Aude, Les vendanges, Editions Collot