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degust

Cet article n’est pas de saison. Il aurait dû paraître au mois d’aout, à l’heure où se précise la maturation du raisin.

Après la maturité industrielle (celle des kilo-degré), la maturité technologique (celle de l’indice de maturité avec le rapport sucres/acides), on (re)parle, depuis quelques années maintenant, de la maturité phénolique (celle de la pellicule pour faire bref, et nécessaire pour l’élaboration de vins haut de gamme).

 

Voici ce que disait, au sujet de la maturité, Olivier de Serres en 1600 :

On vendangera seulement au point de maturité du raisin, quand la pellicule se sera « rendu mince, subtile et translucide, quand la couleur de leurs grains s’obscurcit, de blanche faisant grise, de rouge violette, de noires encore plus chargées, comme jayet reluisant ; quand les pépins des grains en sortent noirs, nuds, et vuides de substance glutineuse, aucun ne s’y attachant ». Le brunissement du pédoncule est bon signe ; il vaut mieux que la rafle ait évacué ses humeurs …

Selon Geneviève Gavignaud – Fontaine et Gilbert Larguier – Le vin en Languedoc et en Roussillon, Editions Trabucaire, 2007

 


 

… quelques années auparavant, Rabelais, contemporain d’O. de Serres, disait :

” Le temps mûrit toutes choses ; par le temps toutes choses viennent en évidence ; le temps est père de la vérité. “


Un oeil, deux yeux.

Le borgne, l’oeil latent, le bourgeon axillaire, le bourillon, l’anticipé, le stipulaire, le prompt bourgeon, le bourgeon apical, les bourgeons de la couronne, les bourgeons adventifs, …

courson

Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages mais à avoir de nouveaux yeux.

Marcel Proust

 

 

Pour satisfaire les nombreuses interrogations parvenues jusqu’ici depuis le 05 décembre, je vous donne la solution du petit problème d’arithmétique sur les assemblages :

La solution est : 195 litres

Il suffisait de poser :

(x x 2,80) + (y x 2,55) = (x’ x 2,80) + (y’ x 2,55)

avec x = x’ ou y = y’

et x + y = 237 ou x’+y’ = 222

… Pour décanter dans la cave, la première condition est … de posséder une cave ! mais, répétons le, la cave se meurt, la cave est morte ! On pourrait fixer cette loi mathématique et sociale : la construction des caves est en raison inverse de celle des salles de bains …

Louis Forest – L’art de boire, Préparer et servir le vin, Edité par les établissements Nicolas, 1927

Pour la forme, un petit exercice sur les assemblages extrait d’un ouvrage d’arithmétique conforme aux programmes de 1920 du Brevet élémentaire et Brevet supérieur :

On a deux tonneaux A et B ; A a une capacité de 237 litres, et est rempli de vin valant 2fr. 80 le litre. B a une capacité de 222 litres, et est rempli de vin valant 2 fr. 55 le litre. On veut retirer à chacun des 2 tonneaux un même nombre de litres de façon que si l’on met dans A le vin tiré de B et inversement, les 2 tonneaux aient après cet échange la même valeur. Combien de litres faut-il soutirer à chacun des 2 tonneaux ?

Marijon (A.) et Péquignot (A.) – Arithmétique du Brevet élémentaire, Librairie A. Hatier, 1930 3ème édition

Bonne récréation.

… Ils partent au matin, d’un jour définitivement gris, la pierre et la burette dans la poche, leurs ciseaux de vitrine sur le dos.

La journée se passera courbés, comme un long remerciement.

Certains approuvent le rythme imposé par l’hiver, rassurés. D’autres, au seuil de longues semaines répétitives, se font une raison. Le cep assagit.

La vigne, en répit, vient d’offrir, cette année encore, le pain au vigneron. Pain blanc ou pain noir, il le saura dans quelques semaines, dans quelques mois. Les joies et les souffrances du cultivateur sont souvent rétroactives. Il parsème ses discussions de ‘’bon an, mal an’’, histoire de conjurer le sort. Un enthousiasme affiché, un optimisme de jeune flore pourraient nuire. Un mauvais dieu écoute peut être.

[ ] Le vent glace. Les dos protecteurs narguent la Tramontane. Les mille figures en exécution réchauffent les corps vainqueurs des éléments. Le vin chaud et la satisfaction sincère entretiennent la victoire.

Les lames claquent, les sarments succombent ; ils ont fait leur travail. Ils retourneront à la terre, broyés, ou grilleront quelques roustes. La souche recoiffée peut à nouveau s’impatienter. L’impertinente s’abandonnera aux premiers rayons, aux premières chaleurs …

 

Auteur inconnu. Si quelqu’un sait …

 

 

 

 

Lu dans un manuel de viticulture pratique d’après guerre :

Le sulfitage

On peut procéder au sulfitage après le foulage ; toutefois nous conseillons, dans les régions chaudes, de sulfiter deux fois :

D’abord, sulfitage à la vigne ;

Ensuite sulfitage à la cave.

[ ] Ce premier sulfitage à 5 grammes par hecto est inutile si on vendange pendant des périodes froides, alors que les départs rapides de fermentation ne sont pas à craindre.

Le deuxième sulfitage se fera après le foulage, on mettra dans le moût 10 à 30 grammes d’anhydride sulfureux par hecto ; pour les vendanges saines, 10 grammes sont suffisants, mais pour les vendanges altérées il ne faut pas craindre de mettre 30 à 35 grammes ; en Afrique du Nord, nous avons employé des doses massives d’anhydride sulfureux liquéfiés, jusqu’à 90 grammes, de façon à paralyser complètement les levures indigènes et à travailler uniquement avec des levures sélectionnées.

La vigne et le vin, Editions de Montsouris, 1950

 

Les temps changent, les protocoles aussi. Ouf !

… Aujourd’hui, l’heure est venue. Tous les terroirs crient à la ronde. Mon village sent l’abeille.

On part à l’aube, fagotté comme un escargot. En sandales, la casquette de travers, au chant des crapauds, on file en chœur vers les vignes mûres. Au loin, on entend rouler les charrettes chargées de comportes, jurer les rouliers dans un bouquet de fouets. On mobilise pour la circonstance mille étranges véhicules sans gloire, des mulets sans dents, les plus branlantes bourriques. L’horizon est couleur de vin.

Tout le village s’affaire et bourdonne. De chaque rue débouchent des bandes de vendangeurs de tout âge et de tout poil, enfants de huit ou dix ans riants et bariolés comme le ciel leur père, vieillards émus et drus – tout bois fait flèche. Chaque maison se vide à blanc. Les jeunes femmes spontanées portent leurs bébés dans leurs bras. Les écoliers suivent, avec les chèvres et les chiens. C’est vers les terres une émigration chantante, une sorte de Chant du Départ. Dans l’ombre touchée d’ailes roses, tandis que tinte un Angélus barbouillé de canards, toute cette cohue fraîche et joyeuse qui se meut rigolante dans la campagne évoque au pied levé comme un cortège d’épousailles …

Joseph Delteil – La Belle Aude, Les vendanges, Editions Collot